
Lutter contre sa selle est le signe que celle-ci n’est pas une partenaire, mais un obstacle. La solution n’est pas dans la discipline, mais dans l’ergonomie : la forme du siège doit correspondre à votre anatomie.
- Un siège inadapté en taille ou en forme crée des points de pression, force une mauvaise posture (la fameuse « position de chaise ») et bloque la liberté de mouvement de votre bassin.
- Les différences anatomiques, notamment entre le bassin masculin et féminin, sont une réalité que les selliers français prennent en compte pour optimiser le confort et la position.
Recommandation : Cessez de subir votre matériel. Analysez votre selle comme une interface biomécanique et vérifiez sa compatibilité avec votre morphologie pour enfin libérer votre équitation.
Cette sensation de se sentir « coincé », « instable » ou simplement « perdu » dans sa selle est un sentiment universel et frustrant pour de nombreux cavaliers. On a beau travailler sa position, suivre les conseils de son moniteur, rien n’y fait : les jambes partent en avant, le dos se crispe, et l’harmonie avec le cheval semble impossible à atteindre. La réponse commune est souvent simpliste : le siège plat serait l’apanage du saut d’obstacles pour la liberté de mouvement, tandis que le siège creux serait réservé au dressage pour l’encadrement et la fixité. Cette vision, bien que répandue, ignore un paramètre fondamental : vous, le cavalier.
Avant d’être un outil pour une discipline, la selle est une interface biomécanique entre deux corps. Son rôle premier est de répartir le poids et de permettre une communication fluide. Or, une interface mal conçue devient un dictat postural : elle ne vous aide plus, elle vous contraint. L’erreur n’est donc peut-être pas dans votre équitation, mais dans la géométrie même de votre siège qui entre en conflit avec votre propre anatomie.
Mais si la véritable clé n’était pas de choisir une selle « de CSO » ou « de dressage », mais une selle adaptée à votre morphologie ? Si le secret d’une bonne position ne résidait pas dans la discipline pratiquée, mais dans la compréhension fine de l’interaction entre la forme du siège et la structure de votre bassin ? C’est ce que nous allons explorer. Cet article ne vous dira pas quelle selle acheter, mais il vous donnera les clés ergonomiques pour comprendre pourquoi vous vous sentez bien ou mal dans une selle, et comment la forme de celle-ci dicte, pour le meilleur et pour le pire, votre équitation.
Ce guide est conçu pour vous aider à décoder le langage de votre selle. Nous allons analyser en détail comment chaque élément, de la taille en pouces à la position des porte-étrivières, influence directement votre posture et votre confort.
Sommaire : Comprendre l’impact de votre selle sur votre position
- 17 ou 17.5 pouces : comment savoir si vos fesses rentrent bien dans la selle ?
- Pourquoi glissez-vous toujours vers l’avant (siège trop grand ou mal équilibré) ?
- Siège gel ou mousse mémoire : quel confort pour les longues randonnées ?
- L’erreur d’avoir un siège qui pousse les jambes en avant (position de chaise)
- Selle femme vs selle homme : y a-t-il une vraie différence anatomique pour le bassin ?
- L’exercice de la « poupée de chiffon » pour suivre le mouvement du cheval
- Pourquoi la position des porte-étrivières détermine-t-elle l’équilibre de votre jambe ?
- Pourquoi serrez-vous les genoux (et pourquoi cela vous fait rebondir dans la selle) ?
17 ou 17.5 pouces : comment savoir si vos fesses rentrent bien dans la selle ?
La taille du siège, exprimée en pouces, est souvent le premier et unique critère regardé. Pourtant, c’est une mesure réductrice. Penser qu’il suffit de choisir entre 17 et 17.5 pouces en fonction de sa taille de pantalon est une erreur. La véritable question n’est pas « est-ce que je rentre dedans ? », mais « comment mon bassin s’y positionne-t-il ? ». Un siège trop petit va vous pousser sur le pommeau, provoquant une antéversion forcée du bassin et des douleurs. À l’inverse, un siège trop grand ne vous offrira aucun soutien, vous laissant « flotter » et chercher un équilibre précaire.
La bonne taille de siège est celle qui permet à vos ischions (les os pointus du bassin sur lesquels vous êtes assis) de se poser à plat dans la partie la plus creuse, tout en laissant un espace d’environ une main (quatre doigts) entre votre fessier et le troussequin. Cela vous garantit une liberté de mouvement suffisante pour accompagner le cheval, sans pour autant perdre le soutien nécessaire. Plus qu’une simple taille, c’est un volume qu’il faut évaluer : la largeur de la selle doit aussi correspondre à l’écartement de vos ischions. La position de la pointe des ischions est conditionnée par la taille du siège, et un mauvais positionnement initial rendra toute tentative de bonne équitation vaine.
Votre plan d’action pour valider la taille du siège
- Vérifiez la largeur d’assise : Assis sur la selle (sur un porte-selle), vérifiez si vos ischions reposent bien à plat dans la zone la plus large du siège. Si vous sentez les bords du siège sous vos os, l’enfourchure est probablement trop étroite.
- Contrôlez l’espace avant/arrière : En position normale, vous devez pouvoir placer une main à l’horizontale derrière vous avant le troussequin. Moins d’espace signifie que le siège est trop petit ; beaucoup plus signifie qu’il est trop grand.
- Analysez la profondeur ressentie : Un siège plat est souvent plus tolérant pour un cavalier corpulent, tandis qu’un siège très creux sur une selle trop petite créera une sensation de « blocage » et limitera la mobilité du dos.
- Testez en simulant le mouvement : Mettez-vous en équilibre et simulez quelques foulées de trot ou de galop. Observez où votre bassin vient buter. Si vous êtes constamment projeté contre le pommeau ou le troussequin, le siège ne permet pas à votre corps de suivre le mouvement.
- Confrontez la taille au confort : Une taille de siège théoriquement correcte mais qui génère un contact douloureux avec la symphyse pubienne (particulièrement chez les femmes) est le signe d’un inadéquation plus profonde entre la forme du siège et votre anatomie.
Pourquoi glissez-vous toujours vers l’avant (siège trop grand ou mal équilibré) ?
Glisser constamment vers l’avant, avoir l’impression de devoir lutter pour maintenir ses jambes en place, est un problème extrêmement fréquent. La cause est rarement un manque de fixité du cavalier, mais bien plus souvent un défaut d’équilibre de la selle elle-même. Ce problème est d’autant plus insidieux que beaucoup de cavaliers ne le réalisent pas. D’ailleurs, une étude vétérinaire récente révèle que 50% des cavaliers ne font pas contrôler leur selle régulièrement, or une selle qui n’est plus adaptée au dos du cheval (qui évolue) perd son équilibre.
Une selle mal équilibrée agit comme une pente. Si le point le plus bas du siège n’est pas parfaitement horizontal lorsque la selle est sur le dos du cheval, vous serez inévitablement attiré vers l’avant ou l’arrière. Un siège trop grand accentue ce phénomène : sans le soutien du troussequin, le cavalier cherche sa place et finit souvent par se tasser vers le pommeau, déplaçant son centre de gravité et celui de son cheval. Cela crée un cercle vicieux : le cavalier est en déséquilibre, le cheval se creuse pour compenser, ce qui accentue encore le déséquilibre de la selle.

L’observation est simple : si le point le plus plat de votre siège, là où vos ischions devraient se poser, est incliné vers le pommeau, vous êtes physiquement contraint de glisser vers l’avant. Comme le confirme une cavalière, une forme de selle inadaptée peut se balancer, concentrant tout le poids au milieu du dos du cheval au lieu de le répartir. Ce déséquilibre n’est pas seulement inconfortable, il est néfaste pour le dos du cheval et sabote toute tentative de construire une position juste et stable.
Siège gel ou mousse mémoire : quel confort pour les longues randonnées ?
Pour les cavaliers de loisir et de randonnée, le confort du siège n’est pas une option, c’est une nécessité. Les longues heures passées en selle exacerbent le moindre défaut et un siège « un peu dur » en carrière devient une véritable torture après plusieurs heures en extérieur. Pour améliorer le confort, deux technologies s’affrontent : les inserts en gel et la mousse à mémoire de forme, souvent intégrés dans des couvre-sièges. Le choix entre les deux dépend fortement de votre usage et du climat de votre région.
Le gel offre une excellente répartition de la pression sur une surface plane et est très efficace pour amortir les chocs. Cependant, il a un inconvénient majeur : sa sensibilité à la température. Par temps froid, comme lors d’une randonnée d’automne dans le Jura, le gel peut durcir considérablement, perdant toutes ses propriétés d’amorti et devenant même inconfortable. La mousse à mémoire de forme, quant à elle, s’adapte progressivement à la morphologie du cavalier sous l’effet de la chaleur corporelle, offrant un confort plus personnalisé. Elle est moins sensible au froid mais peut avoir tendance à se tasser lors de randonnées de plusieurs jours, comme un trek sur le GR5 dans les Alpes.
Le choix dépend donc d’un compromis, comme le résume cette analyse comparative des solutions de confort.
| Critère | Gel | Mousse mémoire |
|---|---|---|
| Répartition pression | Excellente sur terrain plat | Bonne, s’adapte progressivement |
| Comportement par temps froid | Durcit (problématique dans le Jura) | Reste stable |
| Durabilité longue distance | Stable | Peut se tasser après plusieurs jours |
| Respirabilité été | Faible | Moyenne |
| Prix moyen France | 80-150€ | 60-120€ |
En fin de compte, la selle de randonnée idéale est large avec une matelassure épaisse pour le confort des deux partenaires. Les couvre-sièges sont une excellente solution pour améliorer une selle existante, mais ils ne corrigeront jamais un problème fondamental d’adaptation ou d’équilibre. Ils sont un plus pour le confort, pas un remède à un mauvais ajustement.
L’erreur d’avoir un siège qui pousse les jambes en avant (position de chaise)
Le centre de gravité de la selle, et donc celui du cavalier, doit être le même que celui du cheval. Le centre de gravité de la selle correspond au point le plus profond du siège.
– Kramer Équitation, Guide d’achat de selles
La « position de chaise » est l’ennemi juré de l’équitation juste. Caractérisée par des jambes qui partent loin en avant, brisant l’alignement vertical épaule-hanche-talon, elle place le cavalier en équilibre sur ses fesses, l’empêchant d’utiliser son dos et son bassin pour amortir le mouvement. Si de nombreux cavaliers luttent contre ce défaut, peu réalisent que leur propre selle en est souvent la cause principale. Un siège dont le point le plus bas (le centre de gravité) est trop reculé, ou dont les porte-étrivières sont positionnés trop en avant, contraint physiquement le cavalier à adopter cette posture.
Le corps humain cherche instinctivement l’équilibre. Si le design de la selle vous déséquilibre vers l’arrière, vos jambes vont naturellement s’avancer pour vous empêcher de tomber. Vous ne luttez pas contre une mauvaise habitude, vous luttez contre la physique imposée par votre matériel. La biomécanique de l’équitation repose sur le jeu des trois articulations : hanche, genou, cheville. Ces trois pivots doivent pouvoir fonctionner librement pour amortir la pression et maintenir la verticalité. La position de chaise, en fixant la jambe en avant, bloque les articulations de la hanche et du genou, transformant le cavalier en un bloc rigide qui ne peut que subir les mouvements du cheval au lieu de les accompagner.

Cette position est un véritable dictat postural de la selle. Elle empêche non seulement une bonne communication avec les aides de jambes, mais crée également des tensions dans le bas du dos du cavalier. Reconnaître que sa selle est la source du problème est la première étape pour s’en libérer. Aucune leçon de mise en selle ne pourra corriger un défaut structurel imposé par le matériel.
Selle femme vs selle homme : y a-t-il une vraie différence anatomique pour le bassin ?
La question des selles spécifiques pour femmes est souvent sujette à débat : est-ce un argument marketing ou une réelle nécessité anatomique ? La réponse est sans équivoque : les différences sont réelles et significatives. Ignorer l’anatomie du bassin, c’est se condamner à l’inconfort et à une position contre-productive. Les études anatomiques confirment que le bassin féminin est structurellement différent du bassin masculin : il est plus large, plus profond et naturellement positionné en antéversion (basculé vers l’avant).
Cette différence a des conséquences directes en selle. Une femme assise sur une selle standard conçue sur un modèle masculin ressentira souvent une pression douloureuse sur la symphyse pubienne. L’écartement plus important des ischions chez la femme fait que, sur un siège trop étroit, les os ne reposent pas correctement, provoquant instabilité et inconfort. En réponse, les selliers français les plus réputés ont développé des adaptations spécifiques. Ils ne se contentent pas de changer la couleur du cuir, ils modifient la géométrie même de la selle : enfourchure plus étroite pour soulager la pression, forme du siège adaptée à l’antéversion naturelle du bassin féminin, et positionnement des mousses pour libérer la zone pubienne.
Le tableau suivant, basé sur les innovations proposées par des selliers français de premier plan, montre comment ces adaptations se traduisent concrètement :
| Caractéristique | Adaptation femme | Adaptation homme | Sellier français exemple |
|---|---|---|---|
| Enfourchure | Étroite | Plus large | Devoucoux |
| Emplacement mousses | Adapté symphyse pubienne | Standard | CWD |
| Forme siège | Adapté antéversion | Adapté rétroversion | Antarès |
| Modèles spécifiques | Makila Harmonie S | Modèles standard | Devoucoux |
La selle « femme » n’est donc pas un gadget. C’est la reconnaissance qu’une interface biomécanique performante doit être adaptée à l’utilisateur. Pour une cavalière, choisir une selle qui respecte son anatomie n’est pas un luxe, c’est la condition sine qua non pour trouver une position juste, confortable et efficace.
L’exercice de la « poupée de chiffon » pour suivre le mouvement du cheval
Une fois que la selle est choisie et adaptée, le travail du cavalier commence. Pour lutter contre la rigidité qu’une mauvaise selle a pu installer, l’un des exercices les plus efficaces est celui de la « poupée de chiffon ». L’objectif est simple : apprendre à relâcher complètement le bas du corps pour que le bassin puisse suivre passivement le mouvement du dos du cheval, comme une poupée de chiffon dont les membres sont ballants. Cet exercice permet de déprogrammer les crispations et de retrouver la liberté de bassin, essentielle à l’amorti et à l’accompagnement.
Le protocole est progressif. Il commence par un relâchement total au pas, sur un cheval calme et en longe de préférence. Le cavalier doit consciemment laisser ses jambes pendre, sans chercher de contact. Il peut être utile de régler les étriers très longs pour encourager ce « laisser-aller ». Progressivement, on recherche un contact léger, où le poids du corps descend naturellement dans les talons, et par conséquent dans les étriers, sans aucune contraction musculaire. L’analogie avec le ski est ici intéressante : comme le souligne l’instructeur Laurent Fumet, penser à garder les pieds parallèles comme un skieur aide à aligner la jambe et à trouver le bon contact.
Voici un protocole pour vous guider :
- Phase 1 (Relâchement) : Au pas, déchaussez les étriers et laissez vos jambes pendre lourdement. Concentrez-vous sur la sensation de votre bassin qui bouge avec le cheval.
- Phase 2 (Contact minimal) : Réglez vos étriers le plus long possible tout en pouvant encore faire du trot enlevé. Laissez le poids de votre jambe créer le contact, sans serrer.
- Phase 3 (Test de mobilité) : Si vous n’arrivez pas à suivre le mouvement au trot assis, c’est peut-être que votre siège est trop creux et bloque physiquement la mobilité de votre bassin. C’est un indicateur précieux.
- Phase 4 (Rotation active) : Une fois le relâchement acquis, le travail peut évoluer vers une rotation active du bassin, comme enseignée au prestigieux Cadre Noir de Saumur, pour influencer l’allure du cheval.
Cet exercice est un excellent diagnostic. Si même en vous concentrant sur le relâchement, vous vous sentez bloqué, il y a de fortes chances que la géométrie de votre selle soit un obstacle mécanique à la liberté de votre bassin.
Pourquoi la position des porte-étrivières détermine-t-elle l’équilibre de votre jambe ?
C’est un détail de conception auquel peu de cavaliers prêtent attention, et pourtant, il est d’une importance capitale. La position des couteaux d’étrivières, ces pièces métalliques où s’accrochent les étrivières, dicte le point de chute naturel de votre jambe. Si ces couteaux sont placés trop en avant sur l’arçon de la selle, vos jambes seront irrémédiablement tirées vers l’avant, vous forçant à adopter une position de chaise, quelle que soit la qualité de votre équitation.
Cette position varie selon la vocation de la selle. En CSO, un porte-étrivière légèrement avancé est souhaitable car il aide le cavalier à accompagner le mouvement du saut en se mettant en équilibre. En dressage, c’est l’inverse : on recherche des couteaux plus reculés pour favoriser une descente de jambe parfaitement verticale et maintenir l’alignement épaule-hanche-talon. Une selle polyvalente proposera un compromis, mais ce compromis peut ne pas convenir à votre morphologie ou à votre discipline de prédilection. Comprendre ce principe est essentiel : la jambe isolée, pour donner une aide, doit simplement reculer de quelques centimètres. Si votre position de base est déjà trop en avant, cette action devient inefficace.
Si vous pensez que votre selle vous impose une mauvaise position de jambe, il existe quelques astuces pour tenter de corriger la situation sans changer de selle :
- Utiliser des étriers à œil décalé : ils peuvent légèrement modifier le point d’équilibre de l’étrier et l’aplomb de la jambe.
- Jouer sur la longueur des étrivières : une jambe plus longue peut aider à trouver une position plus reculée, mais ce n’est pas une solution miracle.
- Adopter des positions stratégiques : comme le préconisait le maître Jean d’Orgeix, avancer volontairement les jambes peut être une posture de sécurité à l’obstacle, mais cela doit être un choix, pas une contrainte.
Toutefois, ces ajustements restent des palliatifs. Si la conception fondamentale de la selle place les couteaux au mauvais endroit pour votre corps et votre pratique, aucune astuce ne pourra remplacer une selle dont la géométrie est correctement pensée.
À retenir
- La taille de la selle (en pouces) est un indicateur, mais la largeur et la profondeur du siège par rapport à votre morphologie sont les vrais critères de confort et de positionnement.
- La « position de chaise » n’est souvent pas une faute de cavalier mais une contrainte physique imposée par une selle mal équilibrée ou des porte-étrivières mal positionnés.
- L’anatomie du bassin est différente entre hommes et femmes, et les selles spécifiques pour femmes sont une réponse ergonomique pertinente pour éviter les points de pression et améliorer la position.
Pourquoi serrez-vous les genoux (et pourquoi cela vous fait rebondir dans la selle) ?
Les mollets sont au contact sans serrer. Les cavaliers ont trop souvent les jambes vissées dans les flancs du cheval. Les chevaux finissent par ne plus réagir et assimilent rapidement la jambe à une sorte de deuxième sangle.
– Michel Robert, Horse Academy – La position du cavalier
Serrer les genoux est un réflexe de survie. Face à une sensation d’instabilité, le cavalier se crispe et cherche à « s’accrocher » avec la partie la plus forte de ses jambes. Ironiquement, ce réflexe est contre-productif. En serrant les genoux, vous créez un point de pivot rigide qui vous fait rebondir sur la selle au lieu de vous y lier. Pire, cela bloque la communication avec le cheval. Votre genou devient un point fixe, votre bas de jambe perd son indépendance et votre bassin perd sa capacité à amortir le mouvement. Le résultat ? Vous êtes éjecté de la selle à chaque foulée de trot, et votre cheval ne comprend plus rien à vos aides.
Ce comportement est souvent la conséquence directe d’une selle inadaptée qui génère de l’insécurité. Un siège trop plat, trop grand ou glissant ne fournit pas le soutien nécessaire, poussant le cavalier à compenser par la force. Mais cela peut aussi venir d’un malentendu dans l’apprentissage : la peur de « perdre » son cheval pousse certains cavaliers à maintenir une pression constante, créant un cheval « froid à la jambe ».
Étude de cas : Le syndrome du cheval désensibilisé
De nombreux cavaliers, par réflexe ou par habitude, appliquent une légère pression de jambe à chaque foulée, même sans le vouloir. Le cheval, intelligent, apprend vite : puisque l’action ne cesse jamais, elle ne signifie rien. Il la filtre, comme un bruit de fond. C’est la désensibilisation. Le jour où le cavalier veut réellement demander quelque chose (partir au trot, par exemple), il doit utiliser une pression beaucoup plus forte pour « passer à travers » ce bruit de fond. Le cavalier, sentant son cheval « mou », serre encore plus, aggravant le problème. Le message envoyé au cheval est pervers : « Si tu ne bouges pas, la sollicitation s’arrête ». Il apprend donc l’immobilité. La solution est de ne plus agir par réflexe, d’éduquer sa jambe à n’agir que sur demande, et à cesser l’action dès que la réponse est obtenue.
Cesser de serrer les genoux, c’est donc un travail à double entrée. D’une part, s’assurer que sa selle offre un support adéquat pour ne pas générer d’insécurité. D’autre part, rééduquer sa propre jambe pour qu’elle devienne un outil de communication subtil et non une étreinte permanente. C’est le passage obligé d’une équitation subie à une équitation maîtrisée.
L’analyse de votre matériel n’est pas une critique de votre niveau, mais un acte de lucidité. Une selle adaptée est le premier pas vers une progression sereine et une relation plus juste avec votre cheval. Prenez le temps d’observer, de ressentir et d’évaluer votre assise avec ces nouvelles clés de lecture ergonomiques.








