
La véritable question n’est pas « huile OU graisse », mais « savon, PUIS huile, ET ENFIN graisse ».
- Le savon glycériné n’est pas un soin, c’est un nettoyant qui prépare la peau de votre selle.
- L’huile est le seul produit qui nourrit les fibres du cuir en profondeur pour maintenir sa souplesse.
- La graisse agit comme un bouclier de surface, protégeant le cuir des agressions extérieures (eau, frottements).
Recommandation : Adoptez ce rituel en trois temps pour garantir la longévité, la souplesse et la sécurité de votre selle, en particulier si elle est neuve.
Vous venez d’investir dans une selle neuve. Cet objet magnifique, promesse de tant de moments de complicité avec votre cheval, est là, sous vos yeux. Mais une angoisse sourde vous étreint : celle de mal faire, de l’abîmer. Le monde de l’entretien du cuir ressemble à une forêt d’avis contradictoires. Certains ne jurent que par la graisse, d’autres par l’huile, tandis que le savon glycériné semble être la panacée universelle. On vous parle de recettes de grand-mère, de produits miracles, et la peur de transformer ce cuir souple en une planche cartonnée ou, pire, en une matière molle et détendue, grandit.
Et si le secret ne résidait pas dans le choix d’un produit unique, mais dans la compréhension du cuir lui-même ? En tant que maroquinier, je ne vois pas un objet inerte, mais une matière vivante. La peau de votre selle a une biologie, avec des besoins spécifiques, un rythme. Elle respire, elle a soif, et elle a besoin d’être protégée. L’erreur la plus commune est de vouloir la « gaver » avec un seul produit, en pensant bien faire. C’est comme n’utiliser qu’une crème grasse sur son visage sans jamais le nettoyer ni l’hydrater en profondeur.
Cet article vous propose de changer de perspective. Nous n’allons pas seulement comparer des produits, nous allons apprendre à « lire » les besoins de votre cuir. Nous établirons un diagnostic, comprendrons le rôle précis de chaque soin – nettoyer, nourrir, protéger – et définirons le rituel qui transformera l’entretien de votre selle d’une corvée anxiogène en un véritable acte de soin, garantissant sa beauté et sa robustesse pour les décennies à venir.
Cet article est structuré pour vous guider pas à pas, des situations d’urgence comme une réparation, à la prévention des problèmes courants, jusqu’au rituel d’entretien fondamental qui est au cœur de la longévité de votre équipement. Explorez les différentes facettes du soin du cuir pour devenir l’artisan de la préservation de votre selle.
Sommaire : Le guide complet du soin pour la peau de votre selle
- Fil de lin ou nylon : quel fil utiliser pour recoudre un sanglon cassé ?
- Housse ou pièce chauffée : comment éviter le vert-de-gris sur les cuirs en hiver ?
- Vinaigre ou produit spécial : comment nettoyer le mors entre deux chevaux ?
- L’erreur de laisser sécher sa selle au soleil qui cartonne le cuir
- Porte-selle tubulaire ou large : quel support ne déforme pas les matelassures ?
- À quelle fréquence graisser ses cuirs pour qu’ils ne craquent pas en hiver ?
- Savon glycériné et huile : le rituel pour garder une selle souple pendant 20 ans
- Comment équiper son premier cheval sans se ruiner ni sacrifier la qualité ?
Fil de lin ou nylon : quel fil utiliser pour recoudre un sanglon cassé ?
Un sanglon qui cède est une urgence qui touche directement à votre sécurité. Le choix du fil pour sa réparation n’est pas un détail, c’est un engagement sur la durabilité et la fiabilité de la couture. Face à une telle situation, le savoir-faire traditionnel des selliers-harnacheurs offre une réponse sans équivoque, comme le rappelle Céline Gombert, artisane de l’Atelier Alhéna :
Le fil de lin poissé à la cire d’abeille reste la référence absolue pour le point sellier. Contrairement à une couture machine, si un point cède, les autres tiennent car chaque point est indépendant.
– Céline Gombert, Site Atelier Alhéna – Artisan Sellier-Harnacheur
Cette solidité vient d’une technique manuelle, le point sellier, où deux aiguilles passent dans chaque trou, créant un point autobloquant. Le fil synthétique, souvent utilisé en machine, crée une couture en chaîne : si un point lâche, toute la couture peut se défaire. L’illustration ci-dessous montre la robustesse et la texture unique de cette méthode ancestrale.

Au-delà de la technique, le choix du matériau est fondamental. Le fil de lin poissé (enduit de cire d’abeille) travaille en harmonie avec le cuir. La cire le protège de l’acidité de la sueur et de l’humidité, un avantage crucial dans des régions comme la Bretagne, tout en nourrissant légèrement les bords de la couture. Le fil synthétique, bien que résistant initialement, est vulnérable aux UV et peut, à terme, devenir cassant ou même blesser le cuir par sa rigidité.
Le tableau suivant, basé sur une analyse comparative des pratiques artisanales, résume les différences fondamentales pour vous aider à faire un choix éclairé pour vos réparations.
| Critère | Fil de lin poissé | Fil synthétique |
|---|---|---|
| Résistance à la sueur | Excellente (cire protège) | Bonne mais dégradation UV |
| Solidité du point | Points indépendants sécurisés | Risque de défaillance en chaîne |
| Climat humide (Bretagne) | Cire d’abeille imperméabilise | Peut moisir sans traitement |
| Compatibilité cuirs français | Parfaite (tradition) | Variable selon traitement |
| Durée de vie | 20-30 ans si entretenu | 5-10 ans maximum |
En somme, pour une réparation aussi critique qu’un sanglon, opter pour le fil de lin poissé et le point sellier n’est pas un luxe, mais un investissement dans la sécurité et le respect de la tradition maroquinière française.
Housse ou pièce chauffée : comment éviter le vert-de-gris sur les cuirs en hiver ?
L’arrivée de l’hiver et de son humidité ambiante amène un ennemi silencieux dans nos selleries : le vert-de-gris. Ces petites taches verdâtres, souvent confondues avec de l’oxydation, sont en réalité une moisissure (champignon) qui se délecte de l’humidité et des matières organiques du cuir. Le problème n’est pas seulement esthétique ; cette moisissure dégrade les fibres du cuir et peut fragiliser votre matériel. Laisser une selle dans une housse non respirante dans une sellerie froide et humide, c’est lui offrir un incubateur parfait.
Le facteur déclenchant est sans conteste l’humidité. Des études professionnelles sur le soin du cuir montrent qu’un seuil critique est rapidement atteint : un taux de plus de 70% d’humidité ambiante crée un risque élevé de développement fongique. Une sellerie mal ventilée, même si elle semble sèche au toucher, peut facilement dépasser ce seuil en hiver. Chauffer la pièce est une solution, mais elle peut être coûteuse et, si l’air devient trop sec, elle crée un autre problème : le dessèchement du cuir. La clé est donc la régulation de l’hygrométrie et la circulation de l’air.
Plutôt qu’une solution radicale, une approche préventive et naturelle est souvent la plus efficace. Le but est de créer un environnement hostile aux moisissures sans agresser le cuir. Cela passe par une bonne ventilation et l’utilisation d’absorbeurs d’humidité naturels. Une housse doit être utilisée, mais elle doit être impérativement respirante (en coton ou en feutre), pour permettre à l’air de circuler et à l’humidité de s’évacuer. Voici un plan simple pour protéger vos cuirs durant les mois les plus difficiles.
Votre plan d’action anti-humidité pour la sellerie
- Assainir l’air : Placez des sachets de lavande de Provence ou des sacs en toile remplis de copeaux de cèdre du Luberon dans votre armoire de sellerie. Leurs propriétés sont naturellement antifongiques et repoussent l’humidité.
- Ventiler quotidiennement : Aérez la pièce où sont stockés vos cuirs au moins 15 minutes par jour, même par temps froid, pour renouveler l’air et abaisser le taux d’humidité.
- Stabiliser la température : Maintenez si possible une température stable, idéalement entre 15 et 18°C. Évitez les chocs thermiques qui créent de la condensation.
- Surveiller l’hygrométrie : Investissez dans un petit hygromètre digital. Votre objectif est de rester dans une fourchette saine, entre 50% et 55% d’humidité.
- Inspecter régulièrement : Une fois par semaine, sortez votre selle de sa housse et inspectez les zones cachées (dessous des quartiers, sanglons) pour détecter tout départ de moisissure.
En adoptant ces gestes, vous ne combattez pas seulement le vert-de-gris. Vous préservez l’intégrité structurelle de votre selle en empêchant les micro-organismes de se nourrir de ses précieuses fibres.
Vinaigre ou produit spécial : comment nettoyer le mors entre deux chevaux ?
La biosécurité dans une écurie est une chaîne dont chaque maillon compte. Le mors, en contact direct avec la salive, est un vecteur potentiel de transmission de maladies comme la gourme ou la grippe équine. Le nettoyer entre chaque cheval n’est pas une option, c’est une nécessité. La question se pose alors : faut-il investir dans des désinfectants vétérinaires coûteux ou une solution simple comme le vinaigre blanc peut-elle suffire ?
L’efficacité du vinaigre blanc n’est plus à prouver. Son acidité (acide acétique) en fait un excellent désinfectant et détartrant naturel, capable de neutraliser la plupart des bactéries et virus courants en écurie. C’est une solution à la fois économique, écologique et, point crucial, non corrosive pour les alliages des mors (inox, cyprium, etc.) et sans danger pour les montants en cuir du filet s’il y a des éclaboussures.
Cette approche pragmatique a été validée sur le terrain, comme le montre l’expérience d’un centre équestre normand.
Étude de cas : Protocole de désinfection au vinaigre blanc
Suite à un épisode de gourme, un centre équestre de Normandie a adopté un protocole strict, détaillé dans les recommandations de bonnes pratiques. Chaque mors est systématiquement trempé durant 20 minutes dans une solution composée à 50% de vinaigre blanc et 50% d’eau. Après ce bain, un rinçage abondant à l’eau claire et un séchage complet sont effectués avant toute nouvelle utilisation. Le résultat est sans appel : aucune nouvelle transmission de maladie n’a été constatée en 18 mois d’application, pour un coût cinq fois inférieur aux désinfectants spécialisés et sans aucun dommage sur le matériel.
L’acte de nettoyer le mors devient alors un rituel simple et rassurant, garantissant le bien-être de chaque cheval. C’est un geste de respect fondamental entre les cavaliers et leurs montures.

En conclusion, face aux produits spécialisés souvent onéreux, le vinaigre blanc se révèle être un allié de choix : efficace, sûr pour le matériel et économique. Il incarne une solution de bon sens, au cœur d’une gestion sanitaire responsable.
L’erreur de laisser sécher sa selle au soleil qui cartonne le cuir
C’est une scène que l’on a tous vue, voire pratiquée en pensant bien faire : après un nettoyage ou une grosse averse, poser sa selle au soleil pour qu’elle sèche plus vite. C’est l’une des erreurs les plus destructrices que l’on puisse faire subir à un cuir. Le cuir est une matière organique composée principalement de fibres de collagène, lubrifiées par des huiles naturelles (les corps gras) ajoutées lors du tannage. C’est cette structure qui lui donne sa souplesse et sa résistance.
Lorsque vous exposez un cuir humide à une source de chaleur intense comme le soleil (ou un radiateur), l’eau s’évapore brutalement. Dans sa fuite, elle entraîne avec elle une grande partie de ces précieux corps gras internes. Les fibres de collagène, privées de leur lubrifiant naturel, se collent les unes aux autres, se figent et se rigidifient. Le cuir perd sa souplesse, devient cassant et se « cartonne ». Ce processus est souvent irréversible. Même en appliquant une grande quantité d’huile par la suite, on ne parvient que rarement à relubrifier en profondeur des fibres qui se sont soudées.
Le bon réflexe est à l’opposé de la précipitation : la patience. Après avoir été mouillée, une selle doit être essuyée avec un chiffon doux pour retirer l’excédent d’eau en surface. Ensuite, elle doit sécher lentement, à température ambiante, dans un endroit bien ventilé mais à l’abri de la lumière directe du soleil et de toute source de chaleur. Ce processus peut prendre 24 à 48 heures, mais c’est le seul qui préserve l’équilibre interne du cuir. Une fois le cuir sec au toucher mais encore légèrement « frais », c’est le moment idéal pour appliquer une huile nourrissante qui viendra compenser la faible perte en corps gras et restaurer sa souplesse.
Traiter sa selle avec patience après une exposition à l’eau est un investissement direct dans sa longévité. Le soleil est l’ami du cavalier, mais l’ennemi juré du cuir humide.
Porte-selle tubulaire ou large : quel support ne déforme pas les matelassures ?
Le temps que votre selle passe sur son support est bien plus long que celui passé sur le dos de votre cheval. Le choix de ce porte-selle n’est donc pas anodin, il a un impact direct et permanent sur la structure de votre équipement. Un mauvais support peut lentement mais sûrement déformer les parties les plus cruciales de votre selle : les matelassures et, plus grave encore, l’arçon.
Le principal coupable est le porte-selle tubulaire ou à barre unique. Très courant car peu encombrant, il crée un point de pression unique et étroit au centre de la gouttière de la selle. Sur le long terme, ce point de pression va comprimer la laine ou la mousse des matelassures, créant un creux permanent. Pire, il exerce une contrainte anormale sur l’arçon, le « squelette » de la selle, pouvant le fragiliser ou le tordre. Une selle ainsi déformée ne reposera plus correctement sur le dos de votre cheval, créant des points de pression douloureux pour lui et déséquilibrant le cavalier.
La solution est un porte-selle large, dont la forme imite celle du dos d’un cheval. Les modèles les plus respectueux sont ceux qui offrent un support sur toute la longueur des panneaux, répartissant le poids de la selle de manière uniforme. Les porte-selles « à califourchon », souvent en bois ou en plastique moulé, sont idéaux. Ils soutiennent les matelassures sans les compresser et ne mettent aucune tension sur l’arçon. Cela permet à la selle de « se reposer » dans une position naturelle, préservant son intégrité structurelle et l’ajustement conçu par le sellier.
Penser au repos de sa selle est aussi important que de penser à son entretien. Un bon porte-selle n’est pas un accessoire, c’est la garantie que votre selle conservera la forme qui assure le confort et la performance du couple cavalier-cheval.
À quelle fréquence graisser ses cuirs pour qu’ils ne craquent pas en hiver ?
« Il faut graisser ses cuirs régulièrement ». Cette phrase, pleine de bon sens, est aussi terriblement vague. La « bonne » fréquence n’est pas une recette universelle, mais une réponse adaptée à une situation précise. Vouloir appliquer un calendrier rigide sans tenir compte du contexte est le meilleur moyen de commettre une erreur : soit en laissant son cuir se dessécher, soit en l’étouffant sous des couches de graisse inutiles. La peau de votre selle vous parle ; il faut apprendre à l’écouter.
Plusieurs facteurs influencent directement le besoin de nutrition de vos cuirs :
- L’usage : Un cuir utilisé quotidiennement, soumis à la sueur, aux frottements et à la poussière, aura des besoins bien plus importants qu’un cuir utilisé une fois par semaine. La sueur du cheval est acide et « lave » les corps gras du cuir.
- Le climat : En France, les variations sont importantes. Un climat sec et venteux (comme en Provence l’été) dessèche le cuir rapidement. À l’inverse, un climat humide (comme en Normandie l’hiver) favorise les moisissures mais peut ralentir le dessèchement des fibres. La transition brutale entre les saisons est la période la plus critique.
- Le type de cuir : Un cuir de veau, plus fin et souple, demandera des soins plus fréquents qu’un cuir de buffle, plus épais et robuste. Un cuir neuf, dont les fibres sont encore serrées, aura besoin de plusieurs huilages initiaux pour s’assouplir.
- Le stockage : Une selle stockée dans une sellerie chauffée et sèche aura tendance à se déshydrater plus vite qu’une selle dans une sellerie fraîche et correctement ventilée.
Alors, comment s’y retrouver ? Le meilleur indicateur est le cuir lui-même. Faites le test de la souplesse. Prenez une partie de la selle, comme le quartier. Pliez-le doucement. Si le cuir est souple et que la pliure est douce, il est bien nourri. Si vous sentez une résistance, si de fines craquelures blanches apparaissent à la surface ou si le cuir émet un léger crissement, c’est un appel à l’aide. Il a soif. En règle générale, pour un usage moyen (2-3 fois/semaine), un nettoyage au savon glycériné après chaque utilisation est une excellente base. Le nourrissage en profondeur (huile) et la protection (graisse) peuvent être réalisés tous les 1 à 3 mois, en ajustant selon les signes que vous envoie votre cuir.
L’entretien n’est pas une science exacte, c’est un dialogue. En apprenant à observer et à toucher votre matériel, vous développerez une intuition de maroquinier qui vous guidera bien mieux que n’importe quel calendrier.
Savon glycériné et huile : le rituel pour garder une selle souple pendant 20 ans
Nous arrivons au cœur du soin, au rituel qui distingue un cuir qui survit d’un cuir qui s’épanouit. L’erreur fondamentale est de voir le savon, l’huile et la graisse comme des options interchangeables. En réalité, ils forment une trilogie de soin, chacun avec un rôle précis et non négociable, très similaire à une routine de soin pour la peau : nettoyer, hydrater/nourrir, protéger.
Étape 1 : Nettoyer avec le savon glycériné. Le savon glycériné n’est PAS un produit nourrissant. Son rôle est de nettoyer la surface du cuir de la sueur, de la poussière et de la saleté. La glycérine qu’il contient apporte une très légère hydratation de surface et un brillant immédiat, ce qui peut donner l’illusion d’un cuir « nourri ». Mais son action s’arrête là. Utiliser uniquement du savon glycériné, c’est comme se laver le visage à l’eau sans jamais mettre de crème : la peau est propre, mais elle finit par tirailler. Un nettoyage régulier est crucial car il ouvre les pores du cuir et le prépare à recevoir le soin suivant.
Étape 2 : Nourrir en profondeur avec l’huile. C’est l’étape la plus importante et la plus souvent négligée. L’huile (huile de pied de bœuf, huile de type « Tärnö ») a des molécules suffisamment fines pour pénétrer au cœur des fibres de collagène. Elle est le véritable « repas » de votre cuir. Elle restaure les corps gras perdus, redonne au cuir sa souplesse fondamentale et sa résistance à la traction. C’est l’huile qui empêche le cuir de craquer et de casser. Attention, n’utilisez jamais d’huiles végétales de cuisine (tournesol, olive) ; elles ne sont pas adaptées, rancissent et peuvent endommager le cuir. L’huile s’applique sur un cuir propre et sec, en fine couche, en laissant le cuir « boire » ce dont il a besoin.
Étape 3 : Protéger en surface avec la graisse (ou baume). Si l’huile est le sérum, la graisse est la crème de jour. Composée de molécules plus grosses (cires, graisses animales), elle ne pénètre que très peu. Son rôle est de créer une barrière lipidique protectrice en surface. Ce film protège le cuir des agressions extérieures : il rend le cuir déperlant face à la pluie, le protège des frottements et de la décoloration. Appliquer de la graisse sur un cuir sale et sec est une hérésie : vous emprisonnez la saleté et empêchez toute nutrition future. La graisse s’applique en toute dernière étape, en couche très fine, pour ne pas boucher les pores et laisser le cuir respirer.
En respectant cette séquence logique, vous ne vous contentez pas d’entretenir votre selle. Vous la soignez, vous préservez son capital souplesse et vous assurez qu’elle remplira sa fonction en toute sécurité pendant de très nombreuses années.
À retenir
- Le savon glycériné nettoie : Il enlève la saleté et prépare le cuir, mais ne le nourrit pas en profondeur.
- L’huile nourrit : Elle pénètre les fibres pour maintenir la souplesse et prévenir les craquelures. C’est le soin essentiel.
- La graisse protège : Elle forme une barrière de surface contre l’eau et les frottements, mais ne doit jamais être appliquée sur un cuir sec ou sale.
Comment équiper son premier cheval sans se ruiner ni sacrifier la qualité ?
L’arrivée d’un premier cheval est un rêve qui se réalise, mais le budget pour l’équipement peut vite devenir un casse-tête. Face à l’étendue de l’offre, la tentation est grande de se tourner vers des ensembles « premier prix » pour tout acheter d’un coup. C’est souvent une fausse économie. Un matériel de mauvaise qualité, en particulier la selle, n’est pas seulement moins durable ; il peut être inconfortable, voire dangereux pour votre cheval comme pour vous, et nécessitera un remplacement rapide.
La philosophie du maroquinier s’applique ici parfaitement : privilégiez la qualité à la quantité, et pensez en termes d’investissement durable plutôt que de dépense immédiate. Le poste sur lequel il ne faut jamais faire de compromis est la selle. Une selle bien conçue, dans un cuir de qualité et surtout, adaptée à la morphologie de votre cheval, est le socle de votre future relation. Il est bien plus judicieux d’investir dans une excellente selle d’occasion, vérifiée par un professionnel (saddle fitter), que dans une selle neuve bas de gamme dont l’arçon est peut-être inadapté et le cuir de piètre qualité.
Pour le reste de l’équipement (filet, protections, tapis), la même logique s’applique. Un bon filet en cuir français, même d’une marque moins en vue, durera des décennies s’il est entretenu selon les principes que nous avons vus. Il vaut mieux commencer avec un seul tapis de selle de grande qualité, qui respire bien et protège le dos de votre cheval, que d’en avoir cinq bas de gamme qui créent des frottements. La clé est de hiérarchiser ses achats : la sécurité et le confort du cheval d’abord (selle, filet), puis le reste. Construisez votre équipement petit à petit, en choisissant chaque pièce pour sa qualité intrinsèque et sa durabilité.
En adoptant cette vision, vous ne vous ruinez pas. Vous investissez dans la sécurité, le confort, et la longévité. Un cuir de qualité, soigné avec amour et savoir-faire, est un compagnon pour la vie, un témoin silencieux de votre parcours équestre.








