La toux chronique chez le cheval, définie comme une toux persistante durant plus de trois semaines, constitue un problème majeur pour la santé et le bien-être animal. Elle impacte significativement les performances sportives et la rentabilité économique des écuries. Ses multiples origines nécessitent une approche diagnostique rigoureuse pour un traitement adapté.
Etiologies respiratoires
Les affections respiratoires sont les causes les plus fréquentes de toux chronique chez le cheval. Ces affections peuvent être d’origine infectieuse ou non infectieuse, et leur diagnostic repose souvent sur une combinaison d’examens cliniques et complémentaires. Une consultation vétérinaire est indispensable pour établir un diagnostic précis et mettre en place un traitement adapté.
Infections respiratoires chroniques
Divers agents infectieux peuvent induire une toux chronique chez le cheval. Les bactéries, les virus, les mycoplasmes et les parasites jouent un rôle majeur dans le développement de ces affections. Il est important de noter que la présence d’une infection peut souvent aggraver d’autres problèmes respiratoires préexistants.
Infections bactériennes
Parmi les bactéries fréquemment impliquées, on retrouve Bordetella bronchiseptica , Streptococcus equi subsp. zooepidemicus et Pseudomonas aeruginosa . Ces bactéries peuvent engendrer des infections respiratoires chroniques, souvent associées à une inflammation des voies aériennes. La formation de biofilms bactériens peut complexifier le traitement en rendant les bactéries plus résistantes aux antibiotiques. [1]
Bactérie | Signes Cliniques | Diagnostic | Traitement (Exemple)** |
---|---|---|---|
Bordetella bronchiseptica | Toux fréquente, parfois accompagnée de rhinorrhée mucopurulente | Culture bactérienne, PCR | Amoxicilline |
Streptococcus equi subsp. zooepidemicus | Toux, fièvre, lymphadénopathie | Culture bactérienne, sérologie | Penicilline |
Pseudomonas aeruginosa | Toux sévère, dyspnée, expectorations purulentes | Culture bactérienne, antibiogramme | Fluoroquinolones (ex: Enrofloxacine)** |
**Note:** Les traitements mentionnés sont des exemples et ne doivent pas être considérés comme des prescriptions. Un vétérinaire déterminera le traitement approprié en fonction du diagnostic précis.
Infections virales
Les herpèsvirus équins (EHV-1, EHV-4) et le virus de la grippe équine peuvent contribuer à l’apparition d’une toux chronique, souvent en favorisant le développement d’infections bactériennes secondaires. [2] Le virus de la maladie respiratoire équine (EMRV), récemment identifié, est également impliqué dans certains cas de toux persistante. [3] La latence virale joue un rôle significatif dans la chronicité de la toux. L’affaiblissement du système immunitaire suite à une infection virale initiale augmente la vulnérabilité à des infections bactériennes secondaires.
Infections mycoplasmiques
Bien que rare chez le cheval, Mycoplasma hyopneumoniae peut occasionnellement être impliqué dans des cas de pneumonie et de toux chronique. [4]
Pneumonies parasitaires
Le Dictyocaulus arnfieldi est un nématode pulmonaire pouvant causer une toux chronique, particulièrement chez les jeunes chevaux. D’autres parasites pulmonaires moins fréquents, tels que les strongles, peuvent également être impliqués. [5] Le diagnostic repose sur l’identification des parasites dans les selles ou dans les expectorations.
Maladies respiratoires chroniques non infectieuses
Certaines maladies respiratoires chroniques ne sont pas d’origine infectieuse. L’asthme équine, l’emphysème pulmonaire et le syndrome de la toux récurrente sont des exemples importants. Ces affections nécessitent une approche diagnostique et thérapeutique spécifique.
Asthme équine (syndrome des voies aériennes inférieures)
L’asthme équine, ou syndrome des voies aériennes inférieures (SVAi), se caractérise par une inflammation chronique des voies aériennes inférieures, induisant une toux, une dyspnée et une hypersécrétion de mucus. Le diagnostic repose sur l’endoscopie des voies aériennes, révélant souvent un œdème de la muqueuse et une accumulation de mucus. Des tests de provocation, comme des tests bronchoconstricteurs, peuvent être utilisés pour confirmer le diagnostic. [6] Le traitement repose généralement sur la gestion environnementale et l’administration de bronchodilatateurs. Environ 10 à 20% des chevaux de sport sont touchés par cette maladie. [7]
Emphysème pulmonaire
L’emphysème pulmonaire se caractérise par une dilatation anormale des alvéoles pulmonaires, réduisant la capacité respiratoire. Le diagnostic peut être complexe, nécessitant souvent des examens d’imagerie avancés comme la radiographie thoracique et la tomodensitométrie. [8] L’étiologie est souvent multifactorielle, impliquant des facteurs génétiques et environnementaux.
Syndrome de la toux récurrente
Le syndrome de la toux récurrente est une affection complexe dont l’étiologie reste parfois mal définie. Il est caractérisé par des épisodes récurrents de toux, souvent déclenchés par l’exercice. Des facteurs irritants environnementaux et une hyperréactivité des voies aériennes sont souvent impliqués. [9]
Etiologies extra-respiratoires
Certaines affections extra-respiratoires peuvent aussi causer une toux chronique. Il est crucial de considérer ces possibilités lors du diagnostic différentiel. Une anamnèse précise et un examen clinique complet sont donc essentiels.
Maladies du système digestif
Un reflux gastro-œsophagien ou des ulcères gastriques peuvent irriter l’œsophage et les voies respiratoires supérieures, provoquant une toux. Le diagnostic différentiel est essentiel pour distinguer ces causes d’une toux d’origine respiratoire. [10] Des examens complémentaires, comme une endoscopie digestive, peuvent être nécessaires.
Maladies cardiaques
Une insuffisance cardiaque congestive peut entraîner une accumulation de liquide dans les poumons, provoquant une toux. Cette toux est souvent aggravée par le repos et soulagée par la position debout. Un examen cardiaque complet, incluant un électrocardiogramme et une échocardiographie, est nécessaire pour confirmer le diagnostic.
Allergies et réactions d’hypersensibilité
Les allergies respiratoires, telles que la rhinite allergique et les pollinoses, peuvent induire une toux chronique. Certaines régions géographiques présentent des taux d’allergies plus élevés, variant selon les saisons et la présence d’allergènes spécifiques. Environ 25% des chevaux présentent des réactions allergiques respiratoires. [11] Les pollens d’herbe, les moisissures et les acariens sont des allergènes fréquents.
Corps étrangers dans les voies respiratoires
La présence d’un corps étranger dans les voies respiratoires peut provoquer une toux chronique. Un examen endoscopique permet de diagnostiquer et de retirer l’objet. Des radiographies peuvent aider à localiser le corps étranger.
Facteurs de risque et facteurs aggravants
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de développer ou aggraver une toux chronique. Un environnement poussiéreux, une mauvaise ventilation dans l’écurie, la surpopulation, un entraînement intensif, une prédisposition génétique et des immunodéficiences peuvent tous jouer un rôle. La qualité de l’air dans les écuries est un facteur primordial: des niveaux élevés d’ammoniac (supérieurs à 25 ppm) augmentent le risque d’inflammation des voies respiratoires. [12] Une mauvaise hygiène des écuries augmente la probabilité d’infections respiratoires.
Les conditions de transport peuvent également constituer un facteur de stress important, augmentant la sensibilité aux infections respiratoires. Il est donc important d’assurer des conditions de transport appropriées, avec une ventilation adéquate et un espace suffisant. Une gestion appropriée du foin, avec un stockage sec et propre, est aussi importante pour prévenir l’inhalation de particules irritantes. La poussière produite par la litière peut également influencer l’intensité de la toux.
Diagnostic différentiel et investigations
Le diagnostic d’une toux chronique nécessite une approche méthodique et multidisciplinaire. Une anamnèse détaillée, incluant l’histoire de la toux (durée, fréquence, circonstances d’apparition), l’environnement du cheval, son niveau d’exercice, son régime alimentaire et ses antécédents médicaux, est cruciale. Un examen clinique complet, comprenant l’auscultation pulmonaire et cardiaque, ainsi que la palpation des ganglions lymphatiques, est ensuite réalisé.
Des examens complémentaires, tels que la radiographie thoracique, l’endoscopie des voies aériennes supérieures et inférieures (pour visualiser les lésions et prélever des échantillons), les analyses de sang (pour évaluer l’inflammation, la fonction immunitaire et la présence de parasites), les tests de provocation (pour diagnostiquer l’asthme), et la cytologie bronchoalvéolaire (pour analyser les cellules du liquide bronchoalvéolaire), peuvent être nécessaires pour préciser le diagnostic. L’interprétation conjointe de tous les résultats est essentielle pour établir un diagnostic précis et mettre en place un traitement approprié.
Examen | Utilité |
---|---|
Radiographie thoracique | Détection des anomalies pulmonaires (pneumonie, emphysème) |
Endoscopie | Visualisation des voies aériennes supérieures et inférieures, prélèvement d’échantillons |
Analyses de sang | Évaluation de l’inflammation (CRP, fibrinogène), de la fonction immunitaire et de la présence de parasites |
Tests de provocation | Diagnostiquer l’asthme équine (réactivité bronchique) |
Cytologie bronchoalvéolaire | Analyse des cellules du liquide bronchoalvéolaire pour identifier les agents infectieux ou les cellules inflammatoires |
Perspectives et traitements
La prise en charge de la toux chronique dépend étroitement de la cause sous-jacente identifiée. Elle peut impliquer des traitements antibactériens, antiviraux, antiparasitaires, des traitements pour l’asthme (bronchodilatateurs, corticoïdes), ainsi que des mesures pour améliorer l’environnement et le management du cheval (amélioration de la ventilation, réduction de la poussière, hygiène optimale des écuries). Une surveillance régulière et un suivi vétérinaire sont essentiels pour assurer le bien-être de l’animal et optimiser le traitement. Dans certains cas, une approche multimodale est nécessaire. L’objectif du traitement est de soulager la toux, réduire l’inflammation et prévenir les complications. Il est important de noter que le pronostic dépend de la cause sous-jacente, de la sévérité de la maladie et de la réponse au traitement.
Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes complexes impliqués dans la toux chronique et pour développer des stratégies de prévention plus efficaces, notamment en ce qui concerne les interactions entre les facteurs environnementaux, génétiques et immunitaires. Une meilleure compréhension de la physiopathologie de l’asthme équine et du syndrome de la toux récurrente est également nécessaire pour améliorer les traitements et les stratégies de prévention.
Pour toute suspicion de toux chronique chez votre cheval, consultez sans tarder un vétérinaire.
[1] Source 1 (à ajouter)
[2] Source 2 (à ajouter)
[3] Source 3 (à ajouter)
[4] Source 4 (à ajouter)
[5] Source 5 (à ajouter)
[6] Source 6 (à ajouter)
[7] Source 7 (à ajouter)
[8] Source 8 (à ajouter)
[9] Source 9 (à ajouter)
[10] Source 10 (à ajouter)
[11] Source 11 (à ajouter)
[12] Source 12 (à ajouter)