# Comment composer une ration équilibrée pour son cheval ?
L’alimentation équine représente un pilier fondamental de la santé et des performances du cheval. Une ration mal équilibrée peut entraîner des pathologies graves, compromettre la carrière sportive de l’animal ou ralentir sa croissance. Contrairement aux idées reçues, distribuer du foin et des granulés ne suffit pas toujours à couvrir l’ensemble des besoins nutritionnels. Les chevaux de sport, les poulinières en lactation, les jeunes en croissance ou même les chevaux âgés présentent des exigences spécifiques qui nécessitent une approche rigoureuse du rationnement. Établir une ration équilibrée implique de maîtriser les unités nutritionnelles spécifiques à l’espèce équine, de connaître la composition des aliments disponibles et d’adapter précisément les apports aux besoins individuels. Cette démarche scientifique, loin d’être réservée aux professionnels, permet à tout propriétaire d’optimiser la santé de son cheval tout en maîtrisant ses coûts alimentaires.
Calcul des besoins énergétiques selon le niveau d’activité du cheval
La détermination précise des besoins énergétiques constitue la première étape dans l’élaboration d’une ration équilibrée. Ces besoins se divisent en deux catégories distinctes : les besoins d’entretien, qui correspondent aux fonctions vitales de l’organisme, et les besoins de production, liés à l’activité physique, la reproduction ou la croissance. Un cheval de 500 kg à l’entretien nécessite environ 4,1 UFC (Unités Fourragères Cheval) par jour, tandis qu’un cheval de trait de 800 kg en requiert 5,6 UFC. Cette différence illustre l’importance du poids corporel dans le calcul des besoins basaux.
Estimation des UFC (unités fourragères cheval) pour l’entretien et le travail
L’UFC représente l’unité de mesure énergétique spécifique au cheval, équivalant à la valeur énergétique d’un kilogramme d’orge standard. Pour un cheval de selle de 500 kg effectuant un travail léger, les besoins totaux s’élèvent à environ 7,1 UFC par jour, soit 4,1 UFC pour l’entretien et 3 UFC supplémentaires pour couvrir la dépense énergétique liée au travail. Cette approche additive permet d’ajuster finement la ration selon l’évolution de l’activité. Les chevaux de sang, caractérisés par un métabolisme plus élevé, nécessitent un supplément de 10% par rapport aux chevaux rustiques de même gabarit. Cette particularité génétique explique pourquoi un pur-sang arabe de 450 kg peut présenter des besoins énergétiques comparables à ceux d’un cheval de selle de 500 kg.
Ajustement des apports selon l’intensité : dressage, CSO et endurance
L’intensité du travail influence considérablement les besoins énergétiques. Un cheval pratiquant le dressage à un niveau amateur effectue généralement un travail qualifié de léger à modéré, nécessitant une augmentation de 15 à 20% des apports énergétiques par rapport à l’entretien. En revanche, un cheval de CSO engagé en compétitions régulières peut voir ses besoins augmenter de 40 à 60%. Les chevaux d’endurance représentent un cas particulier : lors d’une compétition de 160 km, la dépense énergétique peut atteindre 15 à 18 UFC, nécessitant une
augmentation significative et une densité énergétique de la ration plus élevée. Dans ce cas, l’objectif n’est plus seulement de couvrir les besoins journaliers, mais aussi d’anticiper la récupération en optimisant les apports en énergie digestible et en fibres hautement fermentescibles (comme la pulpe de betterave ou les luzernes de qualité). Pour ces disciplines d’endurance, on privilégiera les matières grasses et les fibres, plutôt que de charger la ration en amidon, afin de limiter les risques de myosites et de troubles digestifs.
Coefficient de travail et métabolisme énergétique du cheval de sport
Pour affiner davantage le calcul des besoins énergétiques, on peut utiliser un coefficient de travail appliqué aux besoins d’entretien. Concrètement, on multiplie les UFC d’entretien par un facteur allant de 1,2 (travail léger) à 1,8 voire 2 (travail intense ou compétition régulière). Par exemple, un cheval de CSO de 500 kg, travaillé 6 jours sur 7 avec des séances intenses, pourra avoir des besoins proches de 4,1 UFC × 1,6, soit environ 6,5 UFC par jour, auxquels il faudra parfois ajouter un complément ponctuel lors des jours de concours.
Le métabolisme énergétique du cheval de sport ne dépend pas uniquement du volume de travail, mais aussi de son tempérament, de sa masse musculaire et de sa capacité de récupération. Un trotteur très musclé ou un pur-sang très « sanguin » consommera plus d’énergie, même au repos, qu’un cheval de loisir plus flegmatique. C’est pourquoi on ajoute généralement 10 % aux besoins théoriques pour les chevaux de sang et pour les entiers, afin de tenir compte d’une dépense spontanée plus élevée (mouvements au paddock, agitation en main, stress en concours).
En pratique, vous pouvez suivre l’évolution de l’état corporel (note d’état, aspect des muscles, récupération après l’effort) pour ajuster ce coefficient de travail. Si, malgré un calcul théorique correct, votre cheval fond au fil de la saison, cela signifie que son métabolisme réel est supérieur aux valeurs des tables et qu’il faut augmenter progressivement la ration (par paliers de 5 à 10 %) tout en vérifiant que le volume global reste compatible avec sa capacité d’ingestion.
Calcul des besoins pour les juments gestantes et allaitantes
Les juments gestantes et allaitantes représentent un cas particulier, car leurs besoins énergétiques augmentent fortement sans que leur capacité d’ingestion ne suive toujours au même rythme. Pendant les sept premiers mois de gestation, les besoins restent proches de l’entretien, surtout si la jument ne travaille pas. À partir du 8e mois, la croissance fœtale s’accélère, et l’INRA recommande d’ajouter progressivement 0,3 à 0,5 UFC par jour, pour atteindre une augmentation d’environ 15 à 20 % en fin de gestation.
En début de lactation, le besoin énergétique explose littéralement : une jument de 500 kg allaitant un poulain peut nécessiter 8 à 10 UFC par jour, selon sa production laitière et son état corporel. On considère souvent que la lactation double presque les besoins d’entretien en UFC. Or, dans les premières semaines, l’appétit n’augmente pas toujours dans les mêmes proportions, ce qui oblige à concentrer l’énergie dans un volume raisonnable grâce à des aliments riches en UFC (luzerne, céréales bien préparées, matières grasses végétales) tout en maintenant une base suffisante de fourrage pour la sécurité digestive.
Pour ces juments, une surveillance rapprochée de l’état d’engraissement est indispensable. Une poulinière trop maigre aura du mal à maintenir sa production laitière et à retomber pleine, tandis qu’une jument trop grasse sera exposée à des troubles métaboliques et à des difficultés de poulinage. L’idéal est de viser un état « modérément charnu », en ajustant la ration toutes les deux à trois semaines en fonction des observations de terrain.
Équilibre protéique et apports en MADC dans la ration
L’énergie ne suffit pas à elle seule à composer une ration équilibrée pour le cheval. Les apports protéiques, exprimés en MADC (Matières Azotées Digestibles Cheval), jouent un rôle central dans l’entretien de la masse musculaire, la croissance, la reproduction et la capacité de récupération après l’effort. Une ration riche en énergie mais pauvre en MADC expose le cheval à une fonte musculaire ou à un retard de croissance, tandis qu’un excès de protéines surcharge le foie et les reins, favorise la sudation et peut participer à l’apparition de certaines pathologies (allergies cutanées, fourbure, etc.).
Ratio optimal entre protéines brutes et matières azotées digestibles cheval
La plupart des étiquettes d’aliments mettent en avant les « protéines brutes », mais ce chiffre est trompeur si l’on ne tient pas compte de la fraction réellement digestible par le cheval. C’est là que la notion de MADC devient indispensable. Pour un cheval adulte à l’entretien ou au travail léger, on vise généralement un rapport d’au moins 70 g de MADC par UFC. Ce ratio monte à 80 g en gestation, 90 g en lactation, et atteint 100 à 120 g de MADC/UFC pour les jeunes en croissance (poulains et yearlings).
Concrètement, cela signifie qu’un cheval de 500 kg recevant 5 UFC par jour devrait consommer au minimum 350 g de MADC à l’entretien, et jusqu’à 600 g ou plus en phase de croissance rapide. Si la ration est composée principalement d’un foin pauvre (par exemple un foin sec, tardif, à 13 g de MADC/kg), le rapport protidoénergétique sera trop bas, même si les besoins énergétiques semblent couverts. À l’inverse, une ration très riche en luzerne ou en tourteaux peut facilement dépasser les 120 g de MADC/UFC, avec les inconvénients mentionnés plus haut.
Lors de vos calculs, veillez donc à ne pas vous arrêter aux seuls UFC. Vérifiez systématiquement le rapport MADC/UFC de la ration globale, en additionnant les apports de chaque ingrédient. Si vous constatez des écarts importants (en dessous de 70 ou bien au-dessus de 120 g de MADC/UFC selon la catégorie de votre cheval), il faudra revoir la composition des fourrages et des concentrés pour retrouver une zone de confort métabolique.
Sources protéiques : luzerne déshydratée versus tourteau de soja
Pour corriger une carence en MADC ou améliorer la qualité des protéines de la ration, deux grandes familles d’ingrédients sont souvent utilisées : la luzerne déshydratée et les tourteaux (notamment de soja). La luzerne déshydratée présente l’avantage d’apporter à la fois des protéines de bonne qualité, des fibres digestibles et beaucoup de calcium. Elle convient très bien pour enrichir un foin de prairie pauvre en MADC, surtout chez les jeunes chevaux, les poulinières et certains chevaux de sport exigeants, à condition de surveiller le rapport calcium/phosphore.
Le tourteau de soja, quant à lui, est une source protéique très concentrée, riche en acides aminés essentiels, dont la lysine. Il est particulièrement utile pour augmenter la densité protéique sans alourdir le volume de la ration. Toutefois, utilisé en excès, il peut contribuer à un surcroît de MADC, à une sudation accrue et à une charge métabolique inutile. L’idéal est souvent de combiner une base fourragère de qualité (foin + luzerne) avec de petites quantités de tourteau ou d’aliments enrichis en soja, plutôt que de s’appuyer massivement sur un seul ingrédient.
Dans vos choix pratiques, posez-vous la question : « Mon cheval a-t-il surtout besoin de volume fibreux ou de concentration en protéines ? ». Un cheval qui manque de fibres bénéficiera davantage d’un complément en luzerne, alors qu’un cheval déjà bien pourvu en fourrage mais très exigeant (haut niveau sportif, lactation) pourra tirer profit d’un apport mesuré en tourteau. Là encore, le calcul précis des MADC permettra de trancher objectivement.
Besoins spécifiques en lysine pour les jeunes chevaux en croissance
Chez le jeune cheval, il ne suffit pas d’apporter « assez de protéines » en quantité globale. La qualité du profil en acides aminés est déterminante pour une croissance harmonieuse, notamment en ce qui concerne la lysine, l’acide aminé limitant principal chez l’équidé. Des apports insuffisants en lysine peuvent freiner la synthèse protéique, même si la quantité totale de MADC semble correcte, avec à la clé des retards de croissance, des masses musculaires peu développées et un risque accru de troubles ostéo-articulaires.
Les recommandations varient selon l’âge et le stade de croissance, mais à titre indicatif, un poulain de 6 à 12 mois peut nécessiter 25 à 35 g de lysine par jour, tandis qu’un yearling en travail léger aura des besoins légèrement inférieurs mais toujours supérieurs à ceux d’un adulte. Les aliments « élevage » sont justement formulés pour apporter ce supplément en lysine, en s’appuyant sur des matières premières comme le soja, la luzerne de qualité ou certains concentrés spécifiques.
Lorsque vous composez une ration maison pour un jeune cheval, veillez à ne pas vous contenter d’un foin médiocre et d’un mélange céréalier standard. Sans correction protéique ciblée, le risque est de voir apparaître des déséquilibres entre énergie, protéines et minéraux, propices à l’ostéochondrose et à d’autres anomalies de croissance. Un calcul de ration précis, intégrant MADC, lysine et équilibre minéral, est alors un véritable investissement pour l’avenir sportif du poulain.
Gestion du rapport phosphocalcique et minéralisation osseuse
Au-delà de l’énergie et des protéines, le bon fonctionnement de l’organisme du cheval repose sur un apport équilibré en minéraux, en particulier le calcium (Ca) et le phosphore (P). Ces deux éléments sont intimement liés à la minéralisation osseuse, mais ils interviennent aussi dans la contraction musculaire, la coagulation sanguine et de nombreuses réactions enzymatiques. Une ration déséquilibrée en Ca et P peut rester longtemps silencieuse, avant de se traduire par des boiteries, des fractures de fatigue ou des troubles articulaires chez les jeunes en croissance.
Ratio calcium-phosphore idéal de 1,5:1 à 2:1 dans l’alimentation équine
Chez le cheval, le rapport phosphocalcique (Ca/P) est au moins aussi important que les quantités absolues de calcium et de phosphore. Pour un cheval adulte à l’entretien, en gestation ou en lactation, on vise généralement un rapport Ca/P autour de 1,5:1. Pour les jeunes chevaux en croissance et les chevaux au travail, ce ratio peut monter à 1,8:1, sans toutefois dépasser 3:1 sous peine de perturber l’absorption du phosphore et de fragiliser la trame osseuse.
Dans la pratique, les céréales sont riches en phosphore et pauvres en calcium, tandis que certains fourrages (notamment la luzerne) présentent l’excès inverse. Une ration très céréalière sans correction minérale conduit donc à un rapport Ca/P inférieur à 1, ce qui est clairement délétère. À l’inverse, une ration basée sur beaucoup de luzerne sans complément phosphaté peut facilement atteindre des rapports de 4:1 ou plus, tout aussi problématiques à long terme.
Lors de vos calculs, commencez par vérifier les apports de Ca et de P pour chaque aliment (d’après les tables INRA ou les fiches techniques), puis calculez le total de la ration. Si le ratio est inférieur à 1,2 ou supérieur à 3, il est indispensable de corriger soit en adaptant la part de chaque aliment, soit en ajoutant un complément minéral vitaminé (CMV) approprié. Cette étape est particulièrement cruciale pour les poulains, yearlings et juments en reproduction.
CMV (complément minéral vitaminé) : composition et dosage par kilo de poids vif
Les CMV constituent l’outil principal pour ajuster finement l’apport en minéraux et vitamines d’une ration. Ils sont formulés pour apporter des quantités précises de calcium, phosphore, magnésium, oligo-éléments (cuivre, zinc, sélénium, manganèse, etc.) et vitamines (A, D, E, groupe B), en complément d’un fourrage et, le cas échéant, d’un concentré. L’erreur la plus fréquente consiste à choisir un CMV « au hasard » sans vérifier sa composition ni l’adapter à la ration de base.
Le dosage d’un CMV s’exprime souvent en grammes par jour, mais il est intéressant de le raisonner aussi en fonction du poids vif du cheval. En règle générale, on se situe entre 0,5 et 1 g de CMV par kilo de poids vif et par jour pour un complément complet (soit 250 à 500 g pour un cheval de 500 kg), mais beaucoup de produits du commerce sont plus concentrés et se distribuent plutôt à raison de 20 à 100 g/j. L’important est de suivre scrupuleusement les indications du fabricant et de ne pas superposer plusieurs compléments sans calcul préalable.
Avant de modifier les quantités de CMV, prenez le temps d’évaluer ce que la ration apporte déjà en minéraux. Si le concentré que vous utilisez est déjà très enrichi, un CMV supplémentaire à dose pleine risque de créer des excès (par exemple en vitamine A ou en sélénium). À l’inverse, une ration « foin + céréales » sans aliment industriel nécessite presque toujours un CMV complet pour couvrir correctement les besoins en calcium, phosphore, cuivre, zinc et vitamines.
Prévention de l’ostéochondrose chez les yearlings par l’équilibre minéral
L’ostéochondrose (OCD) est une affection du cartilage articulaire et de l’os sous-chondral, particulièrement fréquente chez les poulains et yearlings de races de sport. Si les facteurs génétiques et mécaniques (croissance rapide, surpoids, exercice inadapté) jouent un rôle, l’alimentation, et en particulier l’équilibre minéral, est un levier majeur de prévention. Des apports insuffisants ou déséquilibrés en calcium, phosphore et oligo-éléments peuvent perturber la minéralisation osseuse et favoriser l’apparition de lésions d’OCD.
Pour limiter ce risque, il est recommandé de maintenir un rapport Ca/P proche de 1,8:1 chez les jeunes en croissance, avec des apports suffisants en cuivre, zinc et manganèse. Un fourrage de bonne qualité, associé à un aliment « élevage » correctement formulé et à un CMV adapté, constitue la meilleure assurance pour une croissance régulière et harmonieuse. À l’inverse, les rations trop riches en énergie (beaucoup de céréales), pauvres en minéraux ou avec des carences en cuivre et zinc sont clairement associées à une augmentation de l’incidence de l’ostéochondrose.
Si vous élevez des poulains destinés au sport, il peut être pertinent de faire analyser votre foin et de faire vérifier vos rations par un nutritionniste équin ou votre vétérinaire. Une correction précoce de l’équilibre minéral est souvent plus simple – et moins coûteuse – qu’une prise en charge chirurgicale d’OCD sur un yearling déjà atteint.
Apports en magnésium et oligo-éléments : cuivre, zinc et sélénium
Outre le couple calcium/phosphore, d’autres minéraux méritent une attention particulière, à commencer par le magnésium, le cuivre, le zinc et le sélénium. Le magnésium intervient dans la transmission nerveuse et la relaxation musculaire ; des apports insuffisants peuvent favoriser la nervosité, les contractures et une récupération difficile après l’effort. Les besoins augmentent légèrement chez le cheval de sport et chez les individus soumis à un stress important (transport, compétitions, changements d’écurie).
Le cuivre et le zinc jouent un rôle clé dans la formation des tissus conjonctifs (tendons, ligaments, cartilage), la qualité de la corne et la fonction immunitaire. De nombreux fourrages sont carencés en ces deux éléments, et certains aliments ne compensent pas totalement ce déficit. Un apport insuffisant en cuivre et zinc chez le jeune cheval est associé à des troubles de croissance et à une fragilité tendineuse ou articulaire. Le rapport Zn/Cu doit rester globalement compris entre 3:1 et 4:1 pour un fonctionnement optimal.
Le sélénium, enfin, est un puissant antioxydant, souvent associé à la vitamine E pour protéger les membranes cellulaires et les fibres musculaires. Il est indispensable chez le cheval de sport pour limiter les lésions musculaires et favoriser la récupération. Cependant, la marge entre l’apport optimal et la dose toxique est étroite ; il est donc déconseillé de cumuler plusieurs sources de sélénium (CMV, aliment enrichi, complément spécifique) sans vérifier l’apport total. Là encore, la précision du rationnement est la meilleure garantie de sécurité.
Composition d’une ration à base de fourrage et concentrés
Une fois les besoins énergétiques, protéiques et minéraux définis, reste à traduire ces chiffres en aliments concrets. Dans la pratique, la ration du cheval repose toujours sur une base de fourrage (foin ou herbe) complétée, si nécessaire, par des concentrés (céréales, aliments industriels, coproduits comme la pulpe de betterave). L’enjeu est de trouver le bon rapport entre fourrages et concentrés, en tenant compte de la qualité du foin disponible, de la capacité d’ingestion du cheval et de son niveau de travail.
Calcul du rapport fourrage-concentré selon le type de foin disponible
Le fourrage doit toujours constituer le socle de la ration, idéalement à hauteur d’au moins 1,5 % du poids vif en matière sèche par jour, soit environ 7,5 kg de foin sec pour un cheval de 500 kg (et souvent plus, jusqu’à 2 % ou davantage pour un cheval au repos ou vivant au pré). Lorsque le foin est de bonne qualité nutritive (0,6 UFC/kg et 60 g de MADC/kg par exemple), il peut couvrir une grande partie, voire la totalité, des besoins d’un cheval de loisir peu travaillé.
En revanche, si vous disposez d’un foin tardif et peu nutritif (0,45 UFC/kg et 13 g de MADC/kg), il sera impossible de couvrir les besoins d’un cheval de sport uniquement avec ce fourrage, sous peine de dépasser largement sa capacité d’ingestion. Dans ce cas, il faudra introduire progressivement des concentrés pour densifier la ration en énergie et en protéines, tout en conservant un volume minimal de foin pour la santé digestive (souvent au moins 1 % du poids vif en fourrage sec, soit 5 kg pour un cheval de 500 kg).
Un bon repère pratique consiste à maintenir, dans la mesure du possible, une quantité de concentrés quotidienne inférieure ou égale à la quantité de fourrage (en poids sec). Si vous devez distribuer plus de concentrés que de foin pour couvrir les besoins, c’est souvent le signe qu’il faut reconsidérer la qualité du fourrage ou la forme des concentrés (plus énergétiques, plus riches en matières grasses) afin de limiter les volumes et les risques digestifs.
Valeur nutritive du foin de prairie versus foin de luzerne
Tous les foins ne se valent pas, et le choix entre un foin de prairie et un foin de luzerne influence fortement l’équilibre de la ration. Un foin de prairie bien récolté présente généralement une valeur énergétique moyenne (0,5 à 0,6 UFC/kg) et une teneur en MADC variable selon le stade de coupe, tandis que sa teneur en calcium reste modérée. Il constitue une excellente base pour la plupart des chevaux de loisir et de sport, à condition d’être complété si nécessaire par des sources protéiques et minérales ciblées.
Le foin de luzerne, en revanche, est beaucoup plus riche en protéines (souvent plus de 80 g de MADC/kg), en calcium et en certaines vitamines. Il est donc précieux pour les jeunes chevaux en croissance, les juments en lactation ou les chevaux de sport ayant des besoins protéiques élevés. Cependant, utilisé seul et en grande quantité, il peut déséquilibrer le rapport Ca/P et conduire à un excès de MADC pour un cheval adulte peu travailleur. L’idée n’est donc pas de « tout faire à la luzerne », mais plutôt de l’utiliser comme complément qualitatif à une base de foin de prairie.
Si vous avez accès à plusieurs lots de foin, n’hésitez pas à adapter la proportion de luzerne en fonction des individus : davantage pour le poulain ou la poulinière, un peu moins pour le cheval adulte au travail modéré, et très peu pour le cheval prédisposé aux coliques ou à la fourbure. Comme souvent en nutrition équine, la clé réside dans la modulation et l’observation, plus que dans les recettes universelles.
Incorporation de pulpe de betterave et d’aliment floconné dans la ration
La pulpe de betterave (déshydratée, souvent à réhydrater avant distribution) est un excellent moyen d’augmenter l’apport énergétique sans surcharger la ration en amidon. Riche en fibres hautement fermentescibles, elle fournit une énergie « lente » bien valorisée par la flore du gros intestin, tout en contribuant à la santé digestive et à la prise d’état chez les chevaux difficiles à maintenir en poids. Elle convient particulièrement aux chevaux d’endurance, aux seniors et à ceux qui supportent mal les fortes teneurs en céréales.
Les aliments floconnés, quant à eux, offrent une meilleure digestibilité de l’amidon grâce au traitement thermique des céréales. Ils sont généralement plus appétents et consommés moins rapidement que les granulés standard, ce qui favorise une digestion plus régulière. Ils peuvent être intéressants pour les chevaux de sport ayant des besoins élevés en énergie, à condition de surveiller la quantité totale d’amidon par repas et par jour.
Dans une ration équilibrée, la pulpe de betterave peut venir remplacer une partie des céréales, tandis que l’aliment floconné sert de support concentré complet (énergie, protéines, minéraux, vitamines). Vous pouvez par exemple associer foin de prairie à volonté, une part d’aliment floconné et une portion de pulpe réhydratée pour obtenir une ration dense, digeste et relativement sécuritaire sur le plan digestif, surtout pour un cheval au travail régulier.
Utilisation de l’orge aplatie et du maïs comme sources d’amidon
L’orge aplatie et le maïs constituent des sources majeures d’amidon dans l’alimentation du cheval. L’orge, relativement riche en énergie, doit être correctement préparée (aplatie, floconnée ou micronisée) pour être bien digérée dans l’intestin grêle. Le maïs est encore plus énergétique, mais son amidon est moins digestible cru, ce qui impose là aussi un traitement technologique adapté. Mal utilisés, ces céréales peuvent surcharger le cæcum et le côlon en amidon non digéré, avec un risque accru de coliques et de fourbure.
Pour sécuriser l’utilisation de l’orge et du maïs, il est conseillé de les intégrer dans des mélanges formulés par des fabricants d’aliments, plutôt que de distribuer des céréales brutes en grande quantité. Si vous composez vous-même votre mélange, veillez à respecter les limites d’apport en amidon par repas (voir plus loin) et à équilibrer les céréales avec des fourrages et, si besoin, des matières grasses pour diversifier les sources d’énergie.
En résumé, l’orge aplatie et le maïs sont des outils puissants pour augmenter la densité énergétique de la ration, à manier avec jugement. Ils peuvent convenir parfaitement à un cheval athlète bien suivi, mais seront beaucoup moins adaptés à un poney rustique sujet au surpoids ou à un senior souffrant de troubles digestifs chroniques.
Fractionnement des repas et prévention des pathologies digestives
La manière dont vous distribuez la ration compte presque autant que sa composition. Le cheval est un herbivore de type « grignoteur permanent », doté d’un petit estomac et d’un intestin sensible aux variations brutales. De gros repas ponctuels, riches en amidon et pauvres en fibres, sont aux antipodes de sa physiologie et constituent un terrain idéal pour les coliques, les ulcères gastriques et les perturbations de la flore intestinale.
Limitation de l’apport en amidon à 2g par kilo de poids vif par repas
Pour limiter les risques digestifs liés aux céréales, une règle largement admise consiste à ne pas dépasser 2 g d’amidon par kilo de poids vif et par repas, voire moins pour les chevaux sensibles. Pour un cheval de 500 kg, cela représente un maximum de 1 000 g d’amidon en une prise. Or, selon la composition de l’aliment, 1 kg de mélange céréalier peut déjà contenir 400 à 500 g d’amidon. On atteint donc rapidement cette limite si l’on distribue plusieurs kilos de concentrés en un seul repas.
Dans la pratique, cela implique de fractionner les apports en concentrés en au moins deux, voire trois ou quatre repas quotidiens, surtout si les besoins énergétiques sont élevés. Si vous constatez que la ration calculée impose des volumes de céréales importants sur peu de repas, il peut être judicieux de revoir la formulation pour introduire davantage de matières grasses ou de fibres fermentescibles, afin de diminuer la part de l’amidon sans réduire l’apport énergétique global.
Gardez à l’esprit que cette limite de 2 g/kg/repas est un maximum, pas un objectif à atteindre. Pour un cheval sujet aux coliques, aux ulcères ou aux myosites, rester en dessous de cette barre et privilégier les sources d’énergie alternatives (pulpe de betterave, huiles végétales, fourrages riches) est souvent plus prudent.
Prévention des coliques et ulcères gastriques par le rationnement
Les coliques et les ulcères gastriques figurent parmi les principales pathologies liées à l’alimentation chez le cheval. Une ration mal structurée, des changements alimentaires brutaux, des périodes prolongées de jeûne ou une surcharge en amidon augmentent considérablement leur fréquence. À l’inverse, un rationnement raisonné permet d’en réduire nettement le risque.
Pour prévenir ces affections, plusieurs principes simples s’appliquent : privilégier le fourrage comme base de la ration, fractionner les repas de concentrés, éviter les variations soudaines de type et de quantité d’aliments, et introduire toute nouveauté (nouvel aliment, changement de foin, mise à l’herbe) de manière progressive sur 10 à 15 jours. Il est également recommandé de distribuer le foin avant les concentrés, afin de stimuler la salivation et de tamponner l’acidité gastrique.
Chez les chevaux à risque (chevaux de course, chevaux stressés, antécédents d’ulcères), on peut aller plus loin en proposant un accès quasi permanent à un fourrage de bonne qualité, en évitant les longues périodes de jeûne au box et en privilégiant les aliments à faible teneur en amidon. Un suivi vétérinaire régulier et, si besoin, des examens complémentaires (gastroscopie) permettront d’ajuster la stratégie alimentaire au plus près des besoins individuels.
Distribution du fourrage ad libitum et temps de mastication optimal
Le temps de mastication est un paramètre souvent négligé, alors qu’il conditionne la production de salive, le bien-être psychique et la bonne santé digestive du cheval. À l’état naturel, un cheval passe 12 à 18 heures par jour à brouter, soit une activité quasi continue. En captivité, viser un accès au fourrage sur au moins 12 heures par jour limite les temps de jeûne et rapproche le mode de vie de cette physiologie originelle.
Distribuer le fourrage « ad libitum », c’est-à-dire à volonté, est souvent la solution la plus simple, à condition que le cheval n’ait pas de problème de surpoids. Dans le cas contraire, on peut recourir à des filets à petites mailles ou à des systèmes de distribution lente pour prolonger le temps de prise alimentaire sans augmenter excessivement la quantité ingérée. L’objectif est que le cheval n’ait jamais plus de 3 à 4 heures consécutives sans rien à grignoter.
Plus le temps de mastication est élevé, plus la production de salive est importante, ce qui contribue à tamponner l’acidité gastrique et à prévenir les ulcères. De plus, un cheval occupé à mastiquer est moins sujet aux stéréotypies (tic à l’ours, tic à l’appui) et au stress lié à l’ennui. Là encore, un bon rationnement, ce n’est pas seulement une histoire de chiffres, mais aussi une réflexion sur le comportement et le bien-être global de l’animal.
Adaptation saisonnière et transition alimentaire progressive
Les besoins nutritionnels du cheval et la nature des aliments disponibles varient au fil des saisons. Entre l’herbe riche du printemps, le pâturage estival parfois sec, le retour au foin à l’automne et les rigueurs de l’hiver, il est indispensable d’adapter la ration de manière progressive. L’objectif est d’éviter les à-coups alimentaires, sources de déséquilibres digestifs, tout en accompagnant les variations de température et de charge de travail.
Passage à l’herbe de pâture au printemps : protocole sur 15 jours
Le passage du foin à l’herbe de printemps est l’une des transitions les plus délicates de l’année. L’herbe jeune est très riche en eau, en sucres solubles et en protéines, avec une densité énergétique souvent supérieure à celle d’un foin de qualité. Un accès brutal à ce « buffet à volonté » peut provoquer des diarrhées, des coliques, voire déclencher une fourbure chez les chevaux prédisposés (poneys, chevaux en surpoids, antécédents de laminite).
Pour sécuriser cette mise à l’herbe, il est conseillé d’étaler la transition sur au moins 10 à 15 jours. On commence par des sorties très courtes (30 minutes à 1 heure) sur une parcelle riche, en maintenant le foin au box ou au paddock. Puis on augmente progressivement la durée de pâturage chaque jour, tout en diminuant lentement la quantité de foin, jusqu’à atteindre le régime estival souhaité. Dans certains cas (chevaux à risque de fourbure), l’utilisation de muselières de pâturage ou de parcelles pauvres peut être nécessaire.
Pendant cette période, surveillez attentivement les crottins, l’état des membres et la locomotion. Le moindre signe d’inconfort digestif ou de chaleur dans les pieds doit vous alerter et vous inciter à ralentir le rythme de la mise à l’herbe. Le mot d’ordre reste la progressivité : mieux vaut prendre quelques jours de plus que de devoir gérer une crise de colique ou de fourbure.
Ajustement hivernal avec augmentation des UFC de 10 à 15%
En hiver, les besoins énergétiques du cheval augmentent pour maintenir la température corporelle, surtout s’il vit au pré sans abri ou s’il est tondu et sort régulièrement au travail. Dans les régions froides, on estime souvent qu’une augmentation de 10 à 15 % des UFC par rapport à la ration d’intersaison est nécessaire, voire davantage en cas de grand froid prolongé ou de vent humide fortement refroidissant.
La première réponse à ce surcroît de besoins doit être l’augmentation de la part de fourrage, car la fermentation des fibres dans le gros intestin produit beaucoup de chaleur. Ajouter 2 à 3 kg de foin de bonne qualité par jour est souvent plus efficace, sur le plan thermique, que d’augmenter uniquement les concentrés. En complément, on peut légèrement enrichir la ration en matières grasses (huile végétale, graines oléagineuses) pour densifier l’apport énergétique sans accroître excessivement l’amidon.
N’oubliez pas que le cheval bien couvert (couvertures adaptées, abri au pré) dépensera moins d’énergie pour se réchauffer. Une bonne gestion de l’environnement (abri, litière sèche, absence de courants d’air au box, accès à une eau non glacée) est donc indissociable d’un bon rationnement hivernal. Là encore, l’observation régulière de l’état corporel permettra d’ajuster la ration au fil des semaines.
Gestion des chevaux au box versus chevaux au pré en alimentation
Le mode de vie influence fortement la manière de composer une ration équilibrée. Un cheval au box, avec un accès limité au mouvement et au fourrage, nécessite une attention particulière sur le fractionnement des repas, la distribution de foin en plusieurs fois et la prévention de l’ennui. Son activité spontanée est faible, ce qui limite ses besoins énergétiques, mais augmente le risque de troubles digestifs et comportementaux si la ration est mal gérée.
À l’inverse, un cheval vivant au pré, même peu travaillé, dépense davantage d’énergie pour se déplacer, se thermoréguler et s’adapter aux variations climatiques. Il bénéficie en revanche d’une prise alimentaire plus étalée dans le temps, ce qui est idéal pour sa physiologie digestive. Sa ration devra tenir compte de la qualité du pâturage (riche au printemps, pauvre en fin d’été), avec des compléments en foin et en concentrés modulés en conséquence.
Dans les deux cas, la clé réside dans l’adaptation fine et individualisée : observer l’état corporel, la condition musculaire, la qualité des crottins, le comportement général, puis ajuster les quantités et la nature des aliments par petites touches. Composer une ration équilibrée pour son cheval n’est pas un exercice figé, mais un processus dynamique, qui évolue avec les saisons, le travail, l’âge et la santé de l’animal.